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    Histoire & Archives

    Les Malgré-Nous : retrouver les traces de vos ancêtres incorporés de force d'Alsace-Moselle

    Jeunes Alsaciens-Mosellans incorporés de force dans la Wehrmacht en 1943, sur un quai de gare, scène d'adieu, illustration sépia.
    14 juin 20268 min de lecture

    Entre 1942 et 1945, plus de 130 000 jeunes hommes d'Alsace et de Moselle ont été enrôlés contre leur gré dans la Wehrmacht et, pour certains, dans la Waffen-SS. On les appelle les "Malgré-Nous" — une expression née sur le terrain pour dire le refus intime d'une nationalité et d'un uniforme imposés. Pour le généalogiste, ce drame collectif laisse des traces administratives nombreuses, dispersées entre la France, l'Allemagne et la Russie.

    Qui sont les Malgré-Nous ?

    Après l'annexion de fait de l'Alsace et de la Moselle par le Troisième Reich en 1940, Hitler franchit un cap en août 1942 : un décret instaure le service militaire obligatoire pour les jeunes des trois départements annexés (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle), en violation du droit international.

    Concrètement, on distingue plusieurs catégories que tout généalogiste doit savoir différencier :

    • les Malgré-Nous de la Wehrmacht, envoyés en très grande majorité sur le front de l'Est (Russie, Ukraine, Pologne) ;
    • les Malgré-Elles, jeunes femmes incorporées de force dans le Reichsarbeitsdienst (RAD) ou les services auxiliaires ;
    • les incorporés de force dans la Waffen-SS, souvent contre leur volonté à partir de 1943, dont certains furent impliqués malgré eux dans le massacre d'Oradour-sur-Glane (10 juin 1944) ;
    • les réfractaires et déserteurs, dont les familles ont souvent subi des représailles (Sippenhaft) et des déportations à Schirmeck ou au Struthof.

    Au total, environ 40 000 sont morts ou portés disparus, et près de 30 000 ont été retenus prisonniers dans les camps soviétiques, dont le tristement célèbre camp n°188 de Tambov.

    Pourquoi cette histoire est centrale pour vos recherches

    Dans presque toutes les familles d'Alsace et de Moselle, un grand-père, un grand-oncle ou un cousin a porté l'uniforme allemand malgré lui. Longtemps, le sujet est resté tabou : honte, traumatisme, procès de Bordeaux en 1953, amnistie controversée… Beaucoup n'ont jamais raconté. Les descendants découvrent souvent l'histoire à l'occasion d'une recherche généalogique, devant une photo en uniforme ou un livret militaire en allemand.

    Reconstituer ce parcours, c'est rendre justice à un ancêtre et, souvent, réconcilier une mémoire familiale fragmentée.

    Les sources d'archives à connaître

    Les dossiers des Malgré-Nous sont éclatés entre plusieurs institutions. Voici les fonds les plus utiles :

    • la Deutsche Dienststelle (WASt), aujourd'hui intégrée au Bundesarchiv à Berlin, qui détient les fiches matricules des soldats de la Wehrmacht et de la Waffen-SS : unité, dates d'incorporation, blessures, décès, captivité ;
    • les Archives départementales du Bas-Rhin (67), du Haut-Rhin (68) et de la Moselle (57), qui conservent les dossiers d'incorporés de force, les recensements de population sous occupation et les fonds des associations d'anciens combattants ;
    • le Service historique de la Défense (SHD) à Caen et à Vincennes, pour les dossiers d'anciens combattants, de prisonniers de guerre et de victimes de guerre ;
    • les archives russes (notamment GARF et TsAMO) et les listes du camp de Tambov, en partie indexées par l'association "Ceux de Tambov" ;
    • le Mémorial de l'Alsace-Moselle à Schirmeck et l'ADEIF (Association des Évadés et Incorporés de Force), dont les fonds sont précieux pour les témoignages et les listes nominatives ;
    • la Croix-Rouge internationale (CICR, Genève), pour les recherches de prisonniers et de disparus.

    Méthode pour retracer le parcours d'un Malgré-Nous

    Une recherche sérieuse sur un incorporé de force suit en général ces étapes :

    • partir de l'état civil français et des documents familiaux (livret militaire allemand, Soldbuch, photographies, lettres) ;
    • demander la fiche matricule allemande au Bundesarchiv (ex-WASt) en précisant nom, prénoms, date et lieu de naissance ;
    • consulter les dossiers d'ancien combattant au SHD de Caen, qui rassemblent souvent attestations, témoignages et décisions d'attribution du statut d'incorporé de force ;
    • vérifier les listes de prisonniers de Tambov et les fonds russes si l'ancêtre a été capturé sur le front de l'Est ;
    • croiser avec les recensements de 1936 et la presse locale d'après-guerre, qui publiait les avis de retour et de décès.

    Pièges méthodologiques

    Le sujet est sensible et complexe. Quelques points de vigilance :

    • les noms et prénoms ont souvent été germanisés de force sous l'occupation (Jean devient Johann, Schmitt devient Schmidt) : il faut systématiquement chercher les deux formes ;
    • la distinction Wehrmacht / Waffen-SS est cruciale pour comprendre le parcours, mais aussi pour des raisons mémorielles et juridiques ;
    • ne jamais confondre les volontaires (très minoritaires) avec les incorporés de force : la qualification d'incorporé de force a été reconnue par la loi française du 22 août 2009 ;
    • les déserteurs et évadés ont parfois changé d'identité à la Libération : les actes peuvent comporter des rectifications tardives.

    Pourquoi se faire accompagner ?

    Les recherches sur les Malgré-Nous exigent de croiser archives françaises, allemandes et russes, de lire l'écriture gothique et l'allemand administratif, et de naviguer entre des fonds militaires, civils et associatifs. C'est exactement le cœur de mon expertise en tant que généalogiste spécialiste de l'Alsace, de la Moselle et de la Franche-Comté.

    Si l'un de vos ancêtres a été incorporé de force entre 1942 et 1945, son parcours mérite d'être documenté avec rigueur et respect. Retrouver sa fiche matricule, son unité, ses lieux de combat ou de captivité, c'est souvent rendre une voix à un homme qui n'a jamais pu raconter sa guerre — et offrir aux générations suivantes une mémoire familiale apaisée.

    Une question sur votre histoire familiale ?

    Je vous accompagne dans vos recherches généalogiques et le déchiffrage de vos archives.

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